Le Karma blessé

Il existe une question que j’entends très souvent en accompagnement :

« Pourquoi est-ce que je vis toujours les mêmes choses ? »

Une relation qui semble reprendre la même forme. Une difficulté qui revient alors que le contexte a changé. Une sensation de trahison, d’abandon, d’injustice ou de rejet qui semble trouver de nouveaux visages au fil du temps.

Les personnes changent. Les lieux changent. Les circonstances changent. Et pourtant, quelque chose semble familier.

C’est cette répétition qui m’a amenée à m’intéresser au Karma blessé. Lorsque je parle de Karma, je ne parle ni de punition, ni de dette, ni d’un destin écrit à l’avance. Je parle avant tout d’un lien de causalité.

Une perception influence une réaction. Une réaction influence un choix. Un choix produit une expérience. Et cette expérience vient souvent renforcer la perception qui était à son origine. Une boucle peut alors se créer.

Prenons quelque chose de très simple.

Si tu perçois le monde comme un endroit dans lequel tu dois te défendre, tu vas naturellement développer une certaine vigilance. Tu observes davantage ce qui pourrait te menacer, tu anticipes les réactions de l’autre, tu te protèges avant même de savoir si une attaque existe réellement.

Et lorsque tu entres dans une relation avec cette perception, cette dernière va involontairement influencer ta manière de communiquer, de regarder l’autre et de répondre à ce qu’il fait.

L’autre peut alors ressentir ta méfiance et se mettre lui-même sur la défensive. Il peut se sentir accusé, surveillé ou rejeté et répondre à son tour par une attaque.

Tu avais peur d’être attaqué. Tu t’es donc mise sur la défensive. Et ta défense a provoqué chez l’autre exactement la réaction que tu redoutais. C’est ainsi qu’une perception participe souvent à créer l’expérience qui vient ensuite la confirmer.

Ce mécanisme devient particulièrement intéressant lorsque l’on réalise à quel point nous fonctionnons automatiquement.

On dit souvent que l’on fait plus de 30 000 choix par jour. Mais peut importe le nombre exact, ce qui m’intéresse réellement, c’est ce qu’il représente au fond : une immense quantité de décisions, de réactions, d’orientations et de micro-choix qui se produisent sans que nous les examinions consciemment.

Tu n’as pas vraiment besoin de décider de te méfier à chaque fois que tu rencontres quelqu’un. Tout se fait en arrière plan. Ton attention va automatiquement chercher à capter certains signes dès le départ. Ton corps va se tendre de lui même. Une interprétation apparaît sans que tu t’en rendes compte à partir de mémoires qui n’ont finalement rien à voir avec la réalité. Une réaction  émerge très vite à partir du vécu. Puis tu choisis à partir de cet état.

Ce genre de process montre comment les archétypes de souffrance se manifestent. Le Contrôlant va chercher à maîtriser, le Sauveur à être indispensable, le Bouffon à alléger ce qui devient trop lourd…

Mais le Karma va bien plus loin que ça et s’étend dans toutes les directions. Une même perception peut s’exprimer sous des formes très différentes.

Imaginons une mémoire liée à la trahison.

Dans le couple, elle peut se manifester par une difficulté à faire confiance, une vigilance permanente ou une peur de l’infidélité.

Dans l’amitié, elle pourra prendre la forme d’une sensibilité particulière à la loyauté.

Dans le travail, elle pourra apparaître autrement : difficulté à déléguer, peur qu’un collègue s’approprie ton travail, méfiance envers un associé ou impression d’être utilisé.

Et dans le rapport à l’argent, elle pourra encore prendre une autre forme : peur de se faire avoir, de perdre, de se faire arnaquer.

À première vue, ces expériences semblent complètement différentes. Pourtant, quelque chose les relient. La forme change mais le fond reste le même.

C’est ce qu’on appelle le miroir. Le miroir ne reproduit pas nécessairement l’événement. Il peut reproduire une perception, une croyance ou une dynamique à travers des circonstances complètement différentes.

C’est pour ça qu’une personne peut avoir l’impression que la vie lui présente sans cesse de nouvelles situations, alors qu’elle est en réalité en train de rencontrer plusieurs manifestations d’un même fonctionnement.

Et souvent, c’est parce que nous cherchons à résoudre uniquement le problème visible que nous passons à côté de ce qui se répète.

Nous réglons le couple, puis le travail devient difficile.

Nous changeons de travail, puis une autre relation reproduit le même malaise.

Nous changeons de relation, puis une autre situation vient réveiller la même sensation.

Le décor change, mais la dynamique reste au fond la même.

C’est en commençant à observer en soi ce qui participe à créer l’expérience que l’on peut commencer à changer la boucle et ouvrir le champs des possibles.

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