L'amour que nous sommes
« Qui suis-je ? »
Lorsque je pose cette question, les réponses arrivent presque immédiatement.
Nous répondons par un prénom, un âge, un métier, un caractère, une histoire, un corps, une famille, des qualités, des blessures ou des croyances. Nous parlons de ce que nous avons vécu, de ce que nous ressentons ou de ce que nous espérons devenir.
Toutes ces réponses racontent quelque chose de nous. Mais répondent-elles réellement à la question ?
Ton prénom t’a été donné à la naissance. Ton corps évolue depuis ton premier souffle et continuera de se transformer tout au long de ta vie. Tes cellules se renouvellent, tes goûts changent, tes croyances évoluent, tes relations se transforment et les mémoires que tu portes continuent elles aussi de se réorganiser au fil de tes expériences.
Avec cette constatation, une autre question émerge.
Que reste-t-il lorsque l’on retire tout ce que nous portons ?
Lorsque le prénom n’est plus une réponse, que le corps continue simplement son évolution. Lorsque les rôles, les souvenirs, les mémoires et les tentatives identifications cessent un instant, de raconter qui nous sommes.
Que reste-t-il ?
À mes yeux, il reste comme une présence. Une conscience qui observe chacune de ces expériences sans être définie par elles.
Elle était déjà présente avant que tu apprennes ton prénom. Elle est toujours présente lorsque ton corps change. Elle accompagne chacune des étapes de ta vie sans jamais prendre la forme de ce qu’elle observe.
C’est cette conscience que j’appelle l’amour.
Je ne parle pas d’un amour romantique, ni d’une émotion qui apparaît puis disparaît. Je parle de la nature même de la conscience. De ce mouvement vivant qui pousse une graine à devenir un arbre, un enfant à explorer le monde avec curiosité, une rivière à rejoindre l’océan ou une blessure à chercher naturellement à cicatriser.
Le vivant n’a pas besoin qu’on lui enseigne comment être vivant. Il porte déjà en lui cet élan d’expansion, de création et de transformation. Nous appartenons à ce même mouvement.
L’amour est infiniment simple. Il ne cherche pas à prouver qu’il existe. Il n’a pas besoin de convaincre, de contrôler ou de posséder. Il circule, crée, relie, transforme. Comme l’eau qui trouve toujours un passage, il poursuit son chemin, quelles que soient les formes que prend le paysage.
On peut tenter de le retenir, de l’étouffer ou de le faire taire. On peut construire des murs, se protéger, se fermer, vouloir tout figer. Pourtant, il finit toujours par trouver une ouverture. Il déteste la stagnation. Il est mouvement. Il est fluidité. Il est infini.
Le vivant tout entier nous le rappelle. Le souffle circule. Le cœur bat. Les saisons changent. Les arbres perdent leurs feuilles avant de refleurir. Rien ne demeure immobile très longtemps. Tout participe à une danse permanente.
L’être humain souffre souvent lorsqu’il cherche à immobiliser ce qui est vivant : une relation, une image de lui-même, une émotion, une certitude ou une période de sa vie. La vie continue pourtant d’avancer. L’amour aussi.
Nous avons appris à regarder le monde à travers la croyance en la séparation et au vide. Nous distinguons le bien du mal, le noir du blanc, la lumière de l’obscurité, nous et les autres. Cette manière de penser nous aide à organiser la réalité, mais elle ne raconte pas son origine. L’origine est une.
Lorsque nous nous croyons séparés, la méfiance apparaît. Puis le besoin de se protéger, de contrôler, de se comparer, de lutter ou de se défendre. Nous avons l’impression qu’il manque quelque chose et nous passons notre vie à essayer de retrouver ce manque à l’extérieur.
Pourtant, même cette impression de manquer d’amour naît de l’amour. Si nous souffrons de son absence, c’est parce qu’une part de nous connaît déjà ce qu’elle cherche. Derrière chaque quête, derrière chaque peur, derrière chaque tentative de protection demeure le même élan : revenir vers ce lien que nous n’avons au fond, jamais perdu.
